Carnet rose

Le rose, issu du latin « rosa », tire son nom de la fleur éponyme. On ne va pas ici parler botanique mais bien couleur.

 

Galerie Penelope Paris Bijoux Anciens

 Mono boucle d'oreille ancienne or et pierre rose

 

 

En premier lieu, le rose est aujourd’hui regardé comme l’apanage du féminin. Avec dans son sérail un certain nombre de clichés : couleur de l’enfance, du tendre, de la mièvrerie… C’est peut être en partie pour cette raison que le rose semble être comme le bon vin : on l’apprécie avec le temps. Ainsi, 29% des Hommes et 25% des Femmes de moins de vingt-cinq ans citent le rose comme la couleur qu’ils aiment le moins, contre 7 et 8% pour les plus de cinquante ans. Le temps, peut-être, de questionner les stéréotypes ?

 

 

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Bague marquise or rose et grenats de Perpignan

 

 

Selon son statut de « demi-couleur », pour reprendre le verbe de Michel Pastoureau, le rose n’a pas vraiment eu voie au chapitre avant le XVIIIe siècle. Considéré comme un compromis entre le blanc et le rouge, on l’appelle « incarnat » quand il s’agit de labelliser les chairs ou « aurore » pour illustrer un ciel teinté. On attribue aussi au modiste Beaulard la création en 1775 d’une nuance spécifique nommée « Cuisse de nymphe émue », un rose poudré orangé très en vogue à la fin du XVIIIe. Nous, on est fan de cette appellation aussi imagée que romanesque !

 

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 Illustration de la nuance "Cuisse de nymphe émue"

 

Mais avant d’arriver au pays de Barbara Cartland et ses célèbres romans à l’eau de rose, la couleur fut longtemps l’attribut du masculin.

 

 

 

 

Rose viril

 

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Jacob Bunel (attribué à), Portrait d’Henri IV en Mars, 1605-1606, Pau, Musée national et domaine du château de Pau.

 

 

Ce portrait d’Henri IV a de quoi surprendre la génération Y ! Le roi pose ici en vainqueur (couronné de lauriers, il écrase les armures de ses adversaires de son pied gauche tout en tenant dans sa main droite un bâton de commandement). Le choix du rose n’est évidemment pas fortuit : il vient priver un rouge de son caractère guerrier, afin de renvoyer l’image d’un monarque juste et bienveillant. Car jusqu’au XVIIIe siècle, le rose est subordonné au rouge : on considère en fait la couleur comme un rouge délavé. Et le rouge étant l’attribut du masculin… le rose l’est aussi !

 

 

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 Croix ancienne en argent, émail et pierres du Rhin

 

 

Au reste, héritage du bleu marial (c’est-à-dire caractéristique de la Vierge Marie), le bleu est lui réservé aux filles. Si vous voulez en savoir plus sur la couleur, découvrez notre article dédié intitulé l’heure bleue.

Mais faisons un tour au XIXe siècle pour rejoindre notre Anglaise favorite, la Reine Victoria. Les portraits de ses enfants témoignent en effet d’un usage connoté de la couleur : Winterhalter représente en 1846 la princesse Helena parée de bleu, tandis qu’il peint en 1850 le prince Arthur vêtu de blanc et rubans roses.

 

 

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Franz Xaver Winterhalter, Queen Victoria with Prince Arthur [Détail], 1850, Collection privée.

 

 

 

 

Rose Pompadour

 

 En France, un siècle plus tôt, c’est une autre de nos égéries qui initie la mode du rose et du bleu clair : la marquise de Pompadour. Non contente d’être à l’origine des bagues marguerite et marquise, la favorite du roi Louis XV met les tons pastels à la mode.

Il existe d’ailleurs un coloris à son nom, le « rose Pompadour » élaboré par la Manufacture de porcelaines de Sèvres dans les années 1750.

 

 

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 Manufacture nationale de Sèvres, Pot-pourri à vaisseau, 1757-58, New-York, Metropolitan Museum.

 

 

Si à cette époque le rose n’est pas encore cantonné à un seul sexe, il se pare d’une dimension frivole. En effet, comme le résume parfaitement Hayley Edwards-Dujardin dans l’ouvrage Rose : de Botticelli à Christo : « La futilité n’est destinée qu’à ceux qui ne sont pas bousculés par les contingences matérielles ». C’est-à-dire, on peut se permettre de s’habiller de vêtements clairs quand on n’a nul besoin de se salir les mains dans les besognes du quotidien. Le rose est de fait associé aux fanfreluches et à la légèreté du rococo.

 

 

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Bague marquise perles et rubis

 

 

Et puisqu’on parle parure, jetons un œil aux pierres roses couramment utilisés en bijouterie-joaillerie : apatite, diamant rose, fluorite, kunzite, morganite, opale rose, quartz rose, rhodochrosite, rhodonite, saphir rose, spinelle, topaze, tourmaline (rubellite), ainsi que certaines variétés de perles. De surcroît, on peut parfois observer des nuances de rose dans les grenats rhodolites et les rubis.

Enfin, comment ne pas citer l’or rose, composé de 75% d’or pur, 20% de cuivre et 5% d’argent. C’est le cuivre qui donne à l'or sa délicate couleur rosée. Pour tout savoir sur les métaux précieux et non-précieux, rendez-vous dans notre journal !

 

 

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 Jonc manchette or rose et perles fines

 

 

Les Hommes vont par la suite délaisser leurs costumes colorés au profit de teintes sombres, afin de se différencier de la gent féminine. Laissant ainsi aux Femmes, non sans misogynie, le monopole du rose et de sa symbolique de futilité.

On n’est malheureusement pas certaines que ce temps sexiste soit entièrement révolu : pensez par exemple à la taxe rose, une technique de marketing genré consistant à vendre plus cher les produits destinés aux Femmes (comme par exemple les rasoirs).

 

 

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François Boucher, La marquise de Pompadour [à sa toilette], 1750, Cambridge, Harvard Art Museums

 

 

 

Eros

C’est donc au XVIIIe, par le prisme du romantisme, que le rose acquiert sa symbolique actuelle : celle de la tendresse, de la douceur, de la délicatesse avec également son versant négatif ; affectation, versatilité, manque de lucidité, fausseté.

Quand on dit rose on pense en outre bonbon, plaisir sucré… un peu comme notre bague Belle Epoque ci-dessous. Ne possède-t-elle pas un vrai côté gourmand ?

 

 

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Bague cible diamants et rubis

 

 

 

Anagramme d’éros, Dieu grec de l’amour dont l’équivalent romain est Cupidon, le rose peut aussi monter aux joues. Qui ne connaît pas le sulfureux téléphone rose ? Ou encore le carré rose, destiné à renseigner le téléspectateur sur le caractère coquin d’un film (🎵 ​ je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître !).

De manière générale, le rose associé au noir renvoie à l’érotisme, avec un petit côté boudoir licencieux hérité du XVIIIe.

En témoignent par exemple l’identité visuelle de la marque de lingerie Chantal Thomass ou plus récemment la charte graphique du site de rencontres « Adopte un mec »). Pour ce qui est du mâle on n’a pas la compétence, en revanche n’hésitez pas à adopter notre Bouddha porte-bonheur en quartz rose.

 

 

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Pendentif Bouddha quartz rose

 

Enfin, si vous vous intéressez à la mode vous connaissez probablement le « Rose Shocking » qui doit son nom à la créatrice de mode Elsa Schiaparelli, composé de magenta et d’une touche de blanc. La couturière tombe amoureuse de ce fuchsia vif en 1936 et le répand dès lors dans ses collections. Elle dira à son propos : « J’ai donné au rose l’audace du rouge. ».

Rouge, rose, rouge… la boucle est bouclée !

 

 

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« Rose shocking, Schiaparelli » via © Pinterest

 

 

Enfin, savez-vous ce qu’est le « carnet rose », du nom de notre article ? Il s’agit de la rubrique des annonces de naissance dans un quotidien ou un hebdomadaire. Un clin d’œil à Camille, la fondatrice de Galerie Pénélope, qui verra bientôt la vie en rose ! 🍼

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