Dans l'atelier de Maxime Rips, Glypticien

 

Il existe de nos jours très peu de lieux de production de sculptures sur pierres fines, et l’activité y reste incroyablement faible.

Jusqu’au début du XXe siècle, la France faisait partie des pays perpétuant l’art de la glyptique. Suite au déclin de l’engouement pour les camées et intailles durant cette période – mais aussi à cause du refus de la part des glypticiens de transmettre leur savoir-faire par de peur de perdre leur clientèle - il subsiste très peu d’artisans français encore en activité aujourd’hui (seulement une dizaine).

L’enseignement de cet art à même finit par disparaitre en 1995. Faute de graveur, la clientèle française et les grandes maisons de joaillerie notamment se sont progressivement adressées à d’autres pays d’Europe et du monde, en particulier l’Allemagne, à Idar-Oberstein.

  

Maxime Rips travaillant à son établi

 

Afin d’aborder l’aspect technique de la glyptique, j’ai eu la chance de pouvoir m’entretenir avec un des derniers glypticiens de France, Maxime Rips. Diplômé de l’école Boulle en 1963, puis de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 1967 où il apprit la gravure sur pierres fines, la sculpture, et le bas-relief, Maxime Rips fut par la suite professeur de gravure sur pierres fines pendant plus de 25 ans à L’école Nationale des Beaux-Arts de Paris. Le dernier, aussi, puisque cet art n’est malheureusement plus enseigné en France, faute d’élèves.

Véritable passionné, il travaille seul dans son atelier sur ses propres créations, mais aussi sur commande pour une clientèle très éclectique, constituée de particuliers (amateurs ou collectionneurs) et de professionnels (Cartier, Van Cleef & Arpels, …etc).

Maxime Rips ayant eu l’amabilité de m’accueillir au sein de son atelier afin de m’expliquer son métier, vous trouverez ci-dessous un résumé des étapes menant à l’élaboration d’un camée agate. Ici, le sujet sera un portrait :

Obtention et étude d’un brut de pierre: c’est avant tout la pierre qui sera source d’inspiration, et qui conditionnera, selon la répartition de ses couleurs, sa forme, ou bien de ses inclusions, le travail du glypticien. 

Elaboration d’un dessin papier ou cire: étape importante - notamment s’il s’agit d’une commande - elle permet au glypticien de cerner avec exactitude les attentes de son client. La cire sera préférée pour les portraits.

Dessin sur la pierre: première ébauche permettant au glypticien de commencer la sculpture de la pierre.

 

Portrait dessiné sur une agate détourée

 

Ebrutage : les morceaux les plus importants sont enlevés à la scie.

Détourage : mise en forme du camée avec une meule diamantée.

Mise en forme du visage assez générale : on se sert d'un touret, auquel est fixée une bouterolle, cet outil est ensuite mis en mouvement par le touret, puis use et entame la pierre. Pour aider son action, on utilise un abrasif qui est de la poudre de diamant, ainsi qu’un mélange d’huile et de pétrole pour la majorité des pierres, ou bien de l’eau pour les pierres plus fragiles comme le corail, ou l’opale. Maxime Rips fabrique lui-même ses outils à partir de bouterolles qu’il taille de calibres variés selon ses besoins, les outils de lapidaires ne permettant pas d’effectuer des gravures sur des petites surfaces. La pierre, pour être bien maintenue doit être fixée sur une poignée de bois avec un ciment spécial.

Mise en forme des grandes lignes du visage (nez, front…etc)

Sculpture plus en détail : utilisation de bouterolles de plus en plus fines, le portrait est détaché du fond pour plus d’aisance

Poli au buis

 

Sculpture d’un camée avec une bouterolle fixée sur un touret

 

Si la glyptique a connu de grandes périodes de popularité par le passé, et bien qu’il subsiste de nos jours un attrait pour ces objets en tant qu’antiquités, les sculptures sur pierres fines se font de plus en plus rares dans la joaillerie contemporaine. Il est regrettable de constater que cet art, peu pratiqué et plus enseigné en France, tend à disparaitre...